Formations de non-violence : perspectives d'évolution sociale?

Vous êtes-vous déjà demandé(e) comment faire pour mener une formation de lutte contre la violence réussie ? La non-violence - le pouvoir du peuple pour l'évolution sociale - revêt des formes multiples. De même, les formations de lutte contre la violence empruntent diverses approches pour offrir aux individus comme aux groupes les outils nécessaires au combat contre l'injustice sociale. Parmi les techniques employées par les formateurs/trices de non-violence, certains exercices reviennent : le brainstorming, le travail en petit groupe, les jeux de rôles, les présentations, les débats, les exercices audio-visuels - la liste n'en finit plus. Lorsqu'un(e) formateur/trice organise un atelier de non-violence, l'objectif principal est de stimuler une meilleure compréhension de tous les aspects de la non-violence à travers la remise en question des situations propices à la violence, telles que la hiérarchie. Les formations peuvent donner lieu à des évaluations de besoins à plusieurs niveaux, afin de motiver une sensibilisation à un vaste éventail de sujets tels que l'égalité des sexes/l'homosexualité, d'analyser des situations/relations/dynamiques, de mettre au point des stratégies, d'organiser des campagnes, de fournir les outils de préparation nécessaires aux individus pour passer à l'action directe. Les formations de non-violence peuvent être un foyer d'énergie, renforcer des dynamiques de groupe, et fournir des plans d'action concrets incitant à se mobiliser contre les injustices.

Les formations de non-violence donnent les outils nécessaires au renforcement des groupes, accentuent l'esprit de communauté, un espace où les gens tendent à mieux travailler ensemble pour organiser des mouvements plus solides. 

Le choix d'exercices pour un atelier spécifique peut dépendre du type de groupe qui demande la formation. Certaines compétences de discernement face aux groupes sont donc requises. Il faut prendre en compte l'âge, le sexe, le langage, les niveaux d'éducation et le statut économique, entre autres considérations. Le thème et la durée de la formation dépendront des besoins du groupe, des ressources disponibles, du degré d'urgence du sujet, et de la nature de la formation - s'agit-il d'une formation de base ou d'un niveau avancé, d'une formation de planification de stratégie ou d'organisation de campagne ? Tandis qu'il/elle remet en question les rapports de forces présents dans nos sociétés, les formateurs/trices doivent prendre en considération les rapports de forces, plus particulièrement entre les sexes, au sein du groupe de formation. La formation de lutte contre la violence n'est clairement pas tâche facile. La mise en place d'une équipe de formateurs/trices - ou modérateurs/trices - instaurerait une atmosphère propice à l'empathie, une base solide de discussion et par conséquent d'heureux développements. 

Par exemple au Kenya, les efforts concertés de formateurs/trices du Royaume-Uni et d'activistes pour la paix locaux ont permis d'introduire le projet Turning the Tide (littéralement, Renverser le courant), un programme à croissance rapide de lutte contre la violence. Tout a commencé avec une évaluation des besoins suite à la violence qui a suivi les élections de 2007/8. Diverses organisations pacifistes avaient travaillé dur pour calmer la situation, mais un besoin extrême subsistait de répondre aux problèmes qui étaient à l'origine de violences électorales répétées. Après l'évaluation de besoins, un document concept fut mis au point et le programme établi. En 2010 le programme fut présenté à une équipe de personnes ressources sélectionnées au Kenya occidental avec succès. Suite à une formation intensive de deux semaines, les participants purent constater que leur mode de pensée avait changé et virent un intérêt grandissant émerger en eux pour les campagnes de lutte contre la violence. Ce qui arriva alors fut extraordinaire. Les personnes ressources formées eurent tôt fait de mobiliser leurs communautés et de dénoncer quelques-unes des injustices sociales existantes. En commençant à petit échelle et en poussant jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose, les personnes ressources, informées et chargées, purent combattre les dirigeants oppressants et, peu à peu, transformer les communautés afin d'exercer une pression sur les dirigeants.

Lors d'une campagne mémorable, les étudiants de l'une des universités publiques voulaient réclamer une allocation décente en bourses d'éducation. La formation de non-violence de deux heures menée par une personne ressource formée eut un impact énorme. Les étudiants furent simplement introduits au concept de non-violence et à certains exercices de non-violence - tels que la phrase universelle de non-violence, une action est non-violente si-----, les piliers du pouvoir et le compteur social, parmi d'autres. Toute la soirée, les étudiants se sont préparés pour s'assurer d'adhérer aux principes de non-violence. Le jour suivant, ils défilèrent jusqu'au bureau de circonscription local avec un mémorandum parmi leurs revendications. Ils entonnèrent des chants religieux pour se motiver eux-mêmes en brandissant des pancartes expliquant leur problème, et fournirent des documents pour étoffer leur cas. Sur le chemin, des membres de la communauté soutenant leur cause se joignirent à eux, attirés par la façon dont ils se comportaient. En fin de journée, les dirigeants locaux leur donnèrent la parole et répondirent immédiatement à leurs griefs.

Agona Benard and Hülya Üçpinar

Traduction: Sylvie Puech

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