Moon Jae-in s’engage à abolir le corps policier conscrit

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An officer with a walkie-talkie inspects a line of police conscripts wearing blue uniforms and baseball caps and resting their leather-gloved hands on transparent riot shields emblazoned with the word 'police' in Korean script
Les policiers conscrits forment une barricade devant la station de métro de la mairie, à Séoul, lors d’une manifestation contre un exercice militaire mené conjointement par les Marines américains et le corps de la Marine de la République de Corée

Lorsque les collégiens de Séoul sortirent dans les rues afin de demander la destitution de la présidente Park Geun-Hye dans une longue série de manifestations débutées en octobre dernier, ils furent fréquemment confrontés à des connaissances vêtues de l’uniforme militaire et en équipement de combat. Ces policiers, constituaient alors la présence la plus visible — et aussi la plus silencieuse — patrouillant massivement les populaires vigiles aux chandelles, celles-là mêmes qui contribuèrent au départ de Park.

Mais qui étaient donc tous ces policiers ? Ce n’était pas des policiers professionnels, mais plutôt de jeunes collégiens effectuant leur service militaire obligatoire de 21 mois.

Lundi dernier, l’Agence nationale de la police coréenne a confirmé au Koréa Exposé la promesse du président Moon Jae-in de démanteler ce corps policier conscrit d’ici 2023. Environ 26 000 policiers conscrits seront alors remplacés par des agents professionnels. Cette décision devrait stimuler le marché de l’emploi et ajouter de la crédibilité à la promesse de Moon de créer 810 000 emplois avant la fin de son mandat.

« Je pense que c’est une bonne décision tant sur le plan de l’efficacité que sur celui de la sécurité. », déclare Jeon U-yeol, un ancien policier conscrit qui a terminé son service à Séoul l’an dernier. « Au sens large, je crois qu’il y a d’autres avantages [à ce démantèlement]. En effet, cela devrait permettre à la police d’acquérir un sens du devoir plus élevé et aussi de recevoir une formation plus systématique — ce que les policiers conscrits ne reçoivent pas souvent ».

Jeon ajoute cependant : « Je me sens triste que de jeunes hommes doivent souffrir davantage en étant affectés ailleurs, parce que la force policière conscrite est reconnue comme un moyen relativement simple de compléter son service [militaire] ».

En raison de la division de la péninsule coréenne, le service militaire est obligatoire en Corée du Sud, et ce pour tous les hommes valides de plus de 18 ans. L’affectation à la force policière est généralement considérée comme l’une des plus intéressante en raison principalement de ses libérations hebdomadaires fréquentes. (Bien que cet aspect ne fût probablement pas aussi pertinent durant la crise ayant mené à la destitution de Park Geun-hye. En effet, des dizaines de milliers de policiers ont alors été assignés le week-end afin de surveiller les manifestations civiles massives contre la présidence).

La force de police conscrite a également fait l’objet d’un débat social en Corée du Sud concernant sa prétendue inconstitutionnalité. En effet, selon l’ONG sud-coréenne de défense des droits de la personne au sein de l’armée (MHRCK), l’utilisation de soldats effectuant leur service militaire en tant que policiers de combat est une violation des lois en vigueur.

« Ils ne sont pas seulement mobilisés afin de maintenir l’ordre public, mais ils sont également forcés de réprimer les manifestations politiques en première ligne. Tout cela est clairement en dehors de la limite légale », a déclaré MHRCK dans un communiqué en 2015. L’organisation soutient qu’il n’est pas du devoir initial des conscrits — « d’aider à mener des affaires de sécurité publique », comme l’affirme la loi vaguement — ni d’être mobilisés dans des manifestations politiques, où indépendamment de la volonté politique individuelle, de jeunes hommes sont forcés d’affronter des manifestations violentes à la place de policiers formellement entraînés.

L’histoire de la police a un passé assez turbulent en Corée du Sud. La force de police conscrite (euigyeong) a été introduite pour la première fois en 1982, en tant que partie prenante de la « police de combat (jeongyeong) », créée elle-même en 1967 dans le but de maintenir l’ordre public et afin de démasquer d’éventuels espions nord-coréens. Il est important de garder en mémoire la création de la police de combat, car son absence actuelle dicte le rôle changeant — et apparemment inconstitutionnel — de la police conscrite d’aujourd’hui.

Sous les régimes de Park Chung-hee (1963-1979), de Chun Doo -hwan (1980-1988) et de Roh Tae-woo (1988-1993), des policiers de combat ont été mobilisés afin de réprimer brutalement les manifestations civiles en faveur de la démocratisation. Sous la présidence de Chun, les étudiants militant contre sa dictature ont été forcés au service militaire, pour ensuite être déployés dans l’unité de police de combat. Il y eut même un nom pour cette opération visant à légitimer les « Red Bandits » : la campagne de reboisement. Cette idée était vraiment brillante : on a en effet supposé que les manifestants seraient plus tendres envers leurs amis dans la police.

Baek Hyun-seok, un ancien policier de combat qui a servi dans l’armée sous Roh, fut l’un des nombreux policiers (des centaines voire des milliers selon certaines estimations) impliqués au cours de ces vigiles. Baek a été enrôlé de force pour servir de policier dans le cadre de son service militaire. « Environ 200 d’entre nous, parmi les 400 qui ont rejoint l’armée ensemble... ont été envoyés dans le but de devenir policier [de combat]. J’ai été dépêché à l’avant-garde à Gwangju.

En 2013, la force de police de combat a finalement été démantelée en réponse aux nombreuses critiques et à en raison d’un manque flagrant de main-d’œuvre. En son absence, les policiers conscrits ont graduellement remplacé les policiers de combat afin de faire face aux manifestants dans les rues et dans le but d’ériger des barricades

L’ancien président Roh Moo-hyun a bien tenté de démanteler cette police avant 2012, mais ses plans ont été contrés subséquemment par l’administration conservatrice de Lee Myung-bak. Le nouveau président Moon Jae-in, tente donc de poursuivre les efforts entrepris par son mentor et prédécesseur, le libéral Roh. À compter de 2018, la force sera réduite graduellement de 20 % chaque année, et devrait être complètement remplacée par des policiers professionnels d’ici cinq ans.

Article publié à l’origine, dans le Korea Exposé du 1er juin 2017 et reproduit ici avec leur aimable permission.

Bientôt plus d’informations sur la vie des policiers conscrits dans une interview du Korea Exposé.

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Seohoi est stagiaire au Korea Exposé et étudiante de premier cycle au Yonsei Underwood International College, où elle étudie les sciences politiques et les relations internationales.

Traducteur: Maude Boudreault.

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Seohoi est stagiaire au Korea Exposé et étudiante de premier cycle au Yonsei Underwood International College, où elle étudie les sciences politiques et les relations internationales.

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