Broken Rifle symbol

OBJO-INFOS

Publié en collaboration avec le Myrtle Solomon Memorial Trust
n°23 / octobre 2006

Le bulletin électronique mensuel du programme de l’IRG pour le Droit au Refus de Tuer || Table des numéros précédents | English | español

Edito

Voici, avec un peu de retard (nous espérons faire mieux le mois prochain), le bulletin électronique Objo-Info d'octobre.

Ce numéro se penche principalement sur l'évolution du recrutement des armées – au Canada, en Chine et dans l'Union Européenne. Mais un cas de 'objection de conscience' a fait la une des media récemment, et il en est aussi question ici : il s'agit du cas de Hakan Ekinci qui a détourné un avion de la Turkish Airlines alors qu'il était expulsé d'Albanie.

Evidemment, comme l'indique dans leur communiqué les résistantEs turques à la guerre, “détourner un avion et mettre en danger des centaines de vie n'est pas compatible avec les principes de base de l'objection de conscience qui s'oppose à toute forme de relations prêchant le meurtre.”   Alors que le détournement d'avion n'a pas grand-chose à voir avec l'objection de conscience – mais est utilisé par les autorités pour discréditer les objecteurs de conscience- cela montre les possibles conséquences du service militaire obligatoire comme des procédures d'asile restrictives. Cela montre à quels actes de désespoir peut mener la peur des poursuites pour insoumission au service militaire, surtout pour quelqu'un provenant d'un pays répressif, ce que la Turquie est toujours, malgré tous les discours sur la démocratisation et le processus d'adhésion à l'UE.

On peut se demander si Hakan Ekinci eut pu prétendre au statut d'objeteur de conscience – probablement pas – si la Turquie reconnaissait l'objection de conscience et l'avait incorporé à sa législation comme l'a demandé le parlement européen le 8 septembre 2006. L'objection de conscience est partie intégrante des droits fondamentaux mais n'est pas la réponse à tous les problèmes que pose la conscription (et les contrats spécifiques des engagés, qui ne  permettent pas de démissionner, et les menacent d'emprisonnement pour manquement aux obligations, ce qui est inédit dans le monde du “travail”). Le cas de Hakan Ekinci montre une fois encore que ce n'est pas l'objection de conscience qui est problématique, mais toute forme de service militaire que ce dernier soit obligatoire ou volontaire.

Andreas Speck

Evènements à venir :

1er Décembre – Journée des Prisonniers/ières pour la Paix consacrée à la Russie

La journée Prisonniers/ières pour la Paix 2006 va mettre en avant la situation en Russie, avec la nouvelle loi sur les ONG menaçant le travail des ONG indépendantes et la guerre en Tchétchénie qu mène aussi à toujours plus de persécution au sein même de la Russie.
Le kit de campagne pour les Prisonniers/ières pour la Paix sera disponible début novembre en anglais, espagnol, français et allemand. Contacter le bureau de l’IRG  pour plus d’information.

Témoigner au monde de l’objection de conscience en Turquie : Histoire et Actualité

Istanbul, 27 et 28 Janvier 2007

Une conférence regroupant enseignants, experts juridiques et militants se tiendra à l’Université Bilgi d’Istanbul en janvier pour soutenir le droit à l’objection de conscience en Turquie. Le comité d’organisation de la conférence a reçu le soutien de Human Rights Watch, Amnesty International Turquie, l’Internationale des RésistantEs à la Guerre et le Bureau Européen de l’Objection de Conscience. Pour plus d’information, contacter Ozgur Heval Cinar.

Objo-Info

Le bulletin électronique mensuel du programme de l’Internationale des RésistantEs à la Guerre pour le Droit au Refus de Tuer.
Internationale des RésistantEs à la Guerre, 5 Caledonian Road, London N1 9DX, Grande-Bretagne ; tel +44-20-7278 4040; fax +44-20-7278 0444; email co-update-editor@wri-irg.org

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L'armée canadienne passe à une “approche aggressive” du recrutement

Avec le nombre grandissant de soldats canadiens abandonnant leur poste et avec le rôle de l'armée canadienne qui devient plus en plus aggressif en Afghanistan et à Haïti, les canadiens semblent avoir aussi des problèmes pour recruter de nouveaux soldats. D'après "London Free Press" :  "le nombre de soldats canadiens ayant déserté leur poste a doublé ces six dernières années... les informations obtenues en accédant aux registres indiquent que 708 militaires ont été condamnés pour désertion en 2005 – plus du double des 340 condamnés pour ce motif en l'an 2000. Les chiffres montrent une hausse brutal après 2001, après que les attaques terroristes du 11 septembre ont embarqué l'armée canadienne dans un rôle à l'étranger plus combatif et plus dangereux.
La réponse de l'armée canadienne pour accroître le nombre de recrues est le lancement de l' 'Opération Connection'. Au cours de la conférence d'une association de défense en février 2006, le Général Hillier a été clair : "Le recrutement doit devenir l'affaire de chaque militaire, et je pèse mes mots. Passer de 300 recruteurs actuellement à 30 000 très rapidement et éventuellement 80 000 par la suite, permettant de toucher chaque communité, géographique ou ethnique, du Canada. Et nous passons ainsi d'une approche passive du recrutement consistant essentiellement à s'asseoir et attendre que cela vienne à une approche plus active et plus agressive...".
Le mouvement pacifiste canadien fait face à l'opération “connection”  avec son opération  'Objection', de toute urgence nécessaire, et dont le but est de déclencher une campagne nationale de contre-recrutement. 

Francisco Juarez, Canadian CORécemment, Francisco Juarez, qui était encore soldat canadien, a été le premier d'entre eux à s'opposer publiquement à la guerre que mène le Canada en Afghanistan.  Dans un reportage de la télévision canadienne CTV, Francisco Juarez a refusé de prendre part à un parcours du combattant lors d'un entraînement à Gagetown, N.B., au début de cette année. Il a indiqué à son officier supérieur : “je ne veux plus participer”.

Il fut mené devant différents capitaines de l'armée qui lui ont dit que ce serait un échec à trainer pendant toute sa vie, qui l'on menacé de la court martiale et d'un possible emprisonnement. L'armée a quelque peu cédé, s'en tenant à une amende de 500 $ et une sortie du cadre des armées sans les honneurs.

Mais Juarez ne regrette pas une seconde sa désobéissance.

Il indique qu'il était appelé à devenir lieutenant en second et aurait été déployé à Kandahar au début de 2007.

"Moralement, j'aurais pu laisser aller et me dire : «'Tu es payé pour un travail, fais le et ferme là.» mais j'ai dédidé que cela m'était impossible," a-t-il annoncé dans une interview samedi.

"J'ai  commencé à me demander : «Pourrais-je donner à des subordonnés des ordres pouvant les conduire à la mort pour une mission en laquelle je ne crois pas ?»

Juarez avait rejoint la marine en 2002, floué par la promesse d'un salaire stable. Il a été trasnféré dans la réserve l'an dernier afin d'avoir plus de temps pour terminer sa licence en droit à l'université de Royal Roads.

A la fin de la première semaine à Gagetown pour  sa période d'entrainement au printemps 2006, pendant laquelle il a porté un fusil tout au long de la journée et appris le maniement des grenades. Juarez a su vouloir partir. Juarez a été libéré de ses obligations au cours de l'été 2006.

Sources: operationobjection.org, CTV: Former reservist refused to serve in Afghanistan, 9 September 2006.

En Chine, l'armée de libération du peuple ajoute des test psychologiques à son processus de recrutement

D'après un article du People's Daily Online, les nouvelles recrues de l'armée de libération du peuple devront passer des tests psychologiques. C'est une réponse à la croissance des problématiques psychologiques et mentales décelées chez les jeunes en Chine.  D'après l'article, le bureau de recrutement de l'armée et les département de la recherche ont commencé la phase pilote de ces tests en 2002 dans plus de 400 villes et régions. Plus de 100 000 candidats ont passé les tests. "Les contenus, les critères et les méthodes des tests psychologiques de recrutement ont été revus, améliorés et mis à jours au cours des cinq dernières années," indique l'article en ajoutant que les tests ont finalement passé une évalutation nationale en juillet. "Le but est d'empêcher des jeunes gens atteints de problèmes psychologiques et mentaux de rejoindre l'armée," rapporte dans l'article un officiel du département général de la logistique de l'armée. "Il tend à améliorer la qualité générale des officiers et soldats de l'armée et de renforcer l'efficacité au combat," ajoute-t-il.
La Chine devient de plus en plus sensible au problème de la maladie mentale dans son armée. Plus tôt cette année, les instituts chinois de formation militaire se sont vu ordonnés de pratiquer des tests psychologiques et des tests de détection des drogues lors du recrutement des futurs officiers.
L'armée chinoise de libération du peuple est forte de près de 2,5 millions de soldats et est basée sur la conscription. La loi relative au service militaire en République Populaire de Chine stipule que les citoyens  de sexe masculin ayant atteint  l'âge de 18ans avant le 31 décembre de chaque année sont éligibles à l'incorporation pour un service actif. Ceux qui ne sont pas incorporés l'année des 18 ans restent incorporables jusqu'à 22 ans. Les citoyennes peuvent aussi être incorporées, si nécessaire.  Les citoyens de sexe masculin atteignant l'âge de 18 ans avant le 31 décembre doivent se faire recensés avant le 30 septembre de la même année. Ceux remplissant les conditions requises pour le service actif sont incorporés au service actif après accord des organes du service militaire de la région, région autonome, ville ou district municipal dont ils dépendent. 

Sources: Chinese PLA to add psychological test to recruitment process, 30 September 2006; China's National Defence 2004

L'Europe à cours de soldats en 2025 ?

La nouvelle "Agence européenne de défense" a publié un rapport initial sur la "vision à long terme des besoins et capacités de la Défense européenne", qui fut approuvé lors de la rencontre des ministres européens de la Défense  le 3 octobre en Finlande. Ce rapport, qui couvre des questions allant bien au-delà de celle du recrutement, indique que l'âge moyen de la population européenne atteindra alors 45 ans et que le réservoir de 16 (!)-30 ans disponibles pour les armées va fondre de 15 %. Sous le titre “L'équilibre des ressources humaines”, le rapport signifie :

"Il est maintenant accepté en Europe que la proportion des budgets de défense devant se porter à l'investissement doit être augmentée, ce qui implique de diminuer les coûts opérationnels. Une part significative de cette réduction peut, évidemment, se porter sur les frais de déploiement – lesquels, s'ils sont tirés du budget de la défense, sont particulièrement dommageables pour une capacité cohérente de développement car ces déploiement sont, généralement, imprévisibles et décidés à court terme.  Certains pays membres tirent ces fonds de la réserve centrale du gouvernement ; une adoption plus large de cette pratique serait un soutien important au développement nécessaire des capacités de la Politique de Défense et de Sécurité Européenne. Mais l'élément le plus important des coûts opérationnels reste le personnel – pluis de 50% des dépenses militaires des pays de l'UE. Les forces armées se professionnalisant, et le taux de natalité qui baisse augmentant la concurrence pour attirer du marché du travail les jeunes hommes et femmes, la masse salariale va en pratique croître en pourcentage des dépenses militaires si la main d'oeuvre n'est pas réduite. Avec près de deux millions d'hommes et de femmes actuellement en uniforme en Europe, l'opportunité pour cette réduction est là. Les approches incluent l'externalisation ; l'automatisation accrue (des batiments de guerre aux drones)  ; et la réduction des capacités superficielles (Les européens ont ils vraiement besoin de totaliser 10 000 chars d'assault et presque 3 000 avions de combat ?)."

La mode étant à la professionnalisation des forces armées dans l'Union Européenne, on peut s'attendre à ce que d'autres pays abolissent la conscription dans les 20 prochaines années. Dans le même temps, l'externalisation signifiera sans doute la prise en charge de tâches traditionnellement remplies par l'armée par des sociétés militaires privées et des sociétés de service – une tendance qui est beaucoup plus développée en Grande Bretagne que dans le reste de l'Union et encore plus aux Etats Unis où il y a un partenaire privé pour dix soldats.

Ces évolutions entrainent de nouvelles questions pour les militantEs anti-guerre, et pour le droit à l'objection de conscience, qui n'existe pratiquement pas pour les soldats “professionnels”, et qu'on imagine même pas dans les sociétés privées.

Source: Agence de Défense Européenne : Rapport initial sur la vision à long terme des besoins et capacités de la Défense européenne.

Détournement d'avion par un objecteur de conscience ?

Agé de 28 ans, Hakan Ekinci, qui a déserté sa caserne d'Istambul en mai dernier et s'est envolé pour l'Albanie, s'est saisi, le mardi 3 octobre, du vol Tijana-Istambul de la Turkish Airlines par lequel il était expulsé. D'après les autorités, il a pour se faire menacé le pilote d'un colis prétendument piégé. Sa demande d'asile auprès de l'Albanie avait été rejetée. Le ministre turque de la justice Cemil Cicek a indiqué "de telles demandes d'asile sont suspectes et doivent être instruites comme telles”, en ajoutant qu'Ankara aurait demandé l'extradition d'Ekinci. (D'après la dépêche de l'agence Anatolia news).

Hakan Ekinci avait auparavant contacté les antimilitaristes turques via leur site savaskarsitlari.org. En août dernier, dans une interview avec le journal gauchiste Birgun publié d'un camp de réfugié géré par l'ONU en Albanie, Ekinci a déclaré avoir été torturé quand il était à l'armée. Il a signifié ne jamais revenir en Turquie “quoiqu'il arrive” car : “Je rejette la loi relative au service miitaire obligatoire qui me maintient hors de mon pays.”.

Alors qu'il était au camp de réfugiés en Albanie, Hakan Ekinci a demandé aux antimilitaristes turques aide et soutien pour sa demande d'asile. Cependant, de par ses indications parfois incohérentes, il était difficile de le soutenit. Il n'a pas non plus répondu aux e-mails demandant des informations précises.

Les résistantEs à la guerre turques ont publié un communiqué condamnant le détournement de l'avion. Ci-dessous, le communiqué dans son intégralité.

L'instrumentalisation de l'objection de conscience pour justifier la violence est inacceptable

Hakan Ekinci, qui a détourné l'avion de la Turkish Airlines , a fait une demande auprès de notre site internet ouvert à tous il y a quelque mois, se disant objecteur de conscience et nous demandant du soutien. Toute personne capable d'écrire un e-mail peut le faire. A partir de son e-mail, nous avons touTEs essayer de comprendre quel était le problème.

Nous avons décidé de publier deux de ces lettres sur notre site dans la rubrique “courrier”, malgré nos objections quant à son langage et ses opinions, parce qu'il indiquait être victime de violations des droits de l'homme.

Il est bien sûr inhérent aux principes de résistance à la guerre de soutenir et montrer de la solidarité avec tous ceux qui objectent au service militaire pour des motifs politiques, éthiques et des raisons de conscience, et qui refusent d'être en rapport avec la militarisation et les méchanisme de la guerre.

Mais de par l'inconsistance croissante et les déclarations partiales de ses e-mails, nous avons arrêté de les publier sur notre site depuis environ un mois.

L'acte consistant à détourner un avion et à mettre en danger la vie de centaines de vies n'est pas compatible avec les principes de base de l'objection de conscience qui s'oppose à toute forme de relations prêchant le meurtre.

L'action de Hakan Ekinci n'a aucun lien ni relation avec les résistantEs à la guerre ou les objecteurs de conscience.

Il est inacceptable et déplorable à nos yeux qu'Ekinci instrumentalise l'objection de conscience pour justifier son acte de violence.

Uğur Yorulmaz
Au nom des Antimilitaristes  de Turquie

Le parlement européen se prononce en faveur de l'objection en Turquie

Le 8 septembre 2006, le parlement européen s'est prononcé en faveur du droit à l'objection de conscience en Turquie. La problématique de l'objection de conscience fut soulevé par le biais d'un amendement proposé par le BEOC et introduit par le groupe des verts européens. Le rapport en question indique :

Le parlement européen (...) rappelle que la CEDH a recommandé à la Turquie de préparer un nouveau cadre légal pour les objecteurs de conscience et rappelle à la Turquie que le droit à l'objection de conscience est reconnu par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne; se réjouit donc de l'initiative prise par le ministère de la justice de légaliser le droit à l'objection de conscience et de proposer l'introduction en alternative d'un service civil en Turquie; s'inquiète de ce qu'un récent jugement d'un tribunal militaire ait condamné un objecteur de conscience au service militaire à une peine de prison et que le tribunal militaire ait ouvertement refusé de suivre un arrêt applicable de la CEDH; condamne les persécutions en cours de journalistes et d'écrivains qui ont manifesté leur soutien au droit à l'objection de conscience pour le service militaire;

D'après le rapport du parlement européen sur les progrès accomplis par la Turquie sur la voie de l'adhésion.



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