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L'IRG ne s'investit pas seulement dans la résistance à la guerre, mais aussi dans la promotion de l'action non violente pour l'élimination de ce qui cause la guerre ; c'est pourquoi dans le cadre du nouveau programme "nonviolence", une campagne contre les profiteurs de guerre se met en place. Elle promouvra notre engagement pour la nonviolence et l'antimilitarisme. Reprenant le principe fondamental de l'IRG : « La guerre est un crime contre l'humanité. Je suis par conséquent déterminé à ne soutenir aucune guerre quelle qu'elle soit, et à lutter pour la suppression de toutes les causes de guerre. »
Les profiteurs de guerre sont une entité permanente du paysage militaire. Ce n'est pas uniquement la recherche du profit qui peut susciter la guerre : les rivalités militaires ont aussi marché, main dans la main, avec la mobilisation technologique et industrielle pour la guerre, atteignant de nouveaux sommets dans la seconde moitié du XXe Siècle. Ceux qui profitent de la guerre forment un lobby puissant en faveur des dépenses militaires et des préparatifs de guerre. Combattre leur influence implique d'identifier et de mettre à jour leurs activités et leurs intérêts. Ceux qui dépendent actuellement d'un travail en lien avec la guerre ont besoin de soutien pour une reconversion socialement utile.
En adoptant ce thème de campagne, l'IRG ne va pas reproduire le travail d'autres groupes. Bien des pays disposent déjà de structures ayant effectué des recherches détaillées quant à leurs propres profiteurs de guerre. il y a aussi des réseaux internationaux qui existent déjà - de manière formelle - tel le Réseau européen contre les transferts d'armement (ENAAT), ou des contacts efficaces pour mobiliser des actions internationales, contre les salons d'armement par exemple.
Les intentions de l'IRG sont de construire une campagne à partir du travail existant dans les sections et les autres groupes avec lesquels nous coopérons. Parfois, certains membres de l'IRG sont plus souvent en contact sur des sujets régionaux ou spécifiques, qu'à travers l'IRG en tant que telle, et c'est tant mieux ! Il n'y a pas de monopoles ici ! Nous sommes convaincus que notre campagne peut apporter aux mouvements existants : en créant certains liens qui n'existeraient pas encore, en mettant en place un forum d'échanges sur les stratégies et tactiques, en ciselant des thématiques communes. Considérant la guerre comme un crime contre l'humanité, l'IRG s'engage à promouvoir la non-violence afin d'éliminer les causes de la guerre.
Nous, public, devenons financeurs de la guerre à travers les impôts et par la manière dont les banques utilisent notre argent. Le bureau de l'IRG lui-même et bien des sections de l'IRG ont déjà été impliqués dans l'objection à l'impôt militaire, pour aider le public à en prendre conscience. Dans certains pays, des groupes de l'IRG ont aussi commencé à observer le rôle joué par les banques qui utilisent l'argent de leurs clients pour investir dans l'industrie de l'armement. C'est peut-être en Belgique que cet aspect est le plus poussé. Une campagne dans laquelle notre section flamande Forum voor Vredesactie est impliquée a créé l'émoi. 'Mon argent balaie mes scrupules '? a produit deux rapports de poids, exposant les investissements militaires de cinq des principales banques en Belgique.
En Espagne, KEM-MOC fait campagne au pays basque contre BBVA -- Banco Bilbao Vizcaya Argentaria -- avec des actions au siège de Bilbao et aux assemblées générales. Le groupe MOC-Carabanchel de Madrid a, pour commencer, sorti un autocollant principalement utilisé sur les distributeurs de billet : c'est un billet de 50 -- indiquant 'Votre épargne finance la guerre. Renseignez-vous auprès de la banque'.
Par le passé, certaines banques ont été la cible de campagne pour le désinvestissement. Une des campagnes les plus couronnées de succès a eu lieu au Royaume-Uni contre la banque Barclays pour ses liens avec l'apartheid en Afrique du Sud. Quand la campagne a commencé, plus de la moitié de chaque génération d'étudiants des universités ouvrait un compte chez Barclays, mais la situation a, petit à petit, évolué. Ce n'est pas seulement la proportion des étudiants ouvrant un compte qui a diminuée drastiquement mais, au bout de seize ans de campagne, de nombreux individus et aussi des institutions : églises, syndicats, municipalités... ont retiré leurs billes jusqu'à ce que Barclays se débarrasse de sa holding sud-africaine.
L'industrie de l'armement adore sécuriser ses profits, en particulier lorsqu'elle est engagée dans des projets internationaux, tels que Eurofighter (l'avion de chasse). Plusieurs sections de l'IRG, en Allemagne, Espagne et France par exemple, sont impliquées dans des campagnes s'opposant au projet d'Eurofighter. Outre les garanties offertes par le contrat, ces compagnies bénéficient souvent de subventions des gouvernements nationaux et même parfois régionaux. C'est ainsi que KEM-MOC a mis en lumière que Sener, producteur de composants à but militaire, recevait des subventions du gouvernement basque.
Il y a eu beaucoup d'actions théâtrales contre des usines d'armement, certaines incluant l'intrusion dans l'usine pour endommager les armes. La plus connue est peut-être l'action de militantes de Ploughshares, qui ont endommagé un avion Hawks chez British Aerospace. Elles avaient laissé après leur action une vidéo montrant l'usage des Hawks par l'Indonésie au Timor Oriental. La diffusion de cette vidéo devant le tribunal a aidé à convaincre le jury que les militantes tentaient par leur action d'empêcher un crime de plus grande importance.
Certains fabricants d'armements produisent des biens de consommation et peuvent donc être la cible de campagnes de boycott. De plus, un certain nombre de campagnes ont tenté de tisser des liens avec les employés, afin de discuter comment leurs compétences peuvent contribuer à la fabrication de biens socialement utiles plutôt que d'éléments d'armements.
Dans différents pays, les groupes antimilitaristes ont acheté quelques actions, afin d'assister aux assemblées générales des actionnaires et y faire entendre leurs voix, tandis que d'autres ont fait des recherches pour mettre en lumière des actionnaires institutionnels censés avoir des scrupules quant aux entreprises productrices d'armement, tels les églises et les syndicats.
Des groupes étudiants ont parfois organisé un "accueil chaleureux" pour certaines de ces entreprises venant recruter les futurs diplômés sur les campus. La War Resisters' League (WRL) aux États-Unis a une stratégie de contre-recrutement, avec une attention particulière pour Halliburton qui racole des employés sur les campus universitaires.
En Irak, les employés étrangers des fournisseurs privés dépassent l'effectif de l'ensemble des contingents militaires nationaux, à l'exception du détachement américain. Globalement, ces dernières années ont vu une forte croissance des fournisseurs privés tels Dyncorps, Halliburton, Saab, Serco et Sodexho, qui prennent en charge des contrats variés de services aux armées.
Les lignes d'actions contre de telles compagnies consistent principalement, pour le moment, à rechercher et diffuser auprès du public le rôle qu'elles jouent. La WRL a mis en place un panel spécifique d'intervenants sur les 'Marchand de la mort", qui porte une attention toute particulière à de tels fournisseurs.
Comme la plupart de ces entreprises dépendent exclusivement de contrats gouvernementaux, les perspectives d'action de boycott par les consommateurs sont limitées. Mais certains groupes antimilitaristes acquièrent quelques actions pour intervenir lors des réunions d'actionnaires. Le Camp des femmes pour la paix d'Aldermaston (AWPC) a entamé une campagne de ce type contre Serco (membre du consortium dirigeant l'usine d'Aldermaston, celle-ci s'agrandit pour la nouvelle génération d'armes nucléaires britanniques).
Les salons, où les industries en lien avec le militaires exposent leurs produits, sont devenus des cibles pour un éventail d'actions larges et débordant d'imagination - surtout parce que ces évènements durent en général plusieurs jours. DSEi à Londres, AFCEA à Bruxelles et Eurosatory à Paris, sont trois salons qui ont attiré l'attention de groupes antimilitaristes dans plusieurs pays européens. Tandis que des actions ont lieu dans la rue ou dans les métros conduisant au salon, des militants sous diverses couvertures ont réussi à pénétrer dans ces expositions pour montrer l'opposition à ce qui se déroulait. Parfois, des campagnes précédant de tels salons ont réussi à persuader les municipalités à remettre en cause leur partenariat voire à faire annuler le salon.
Howard Clark
Traduction: Tikiri
Ce numéro du Fusil Brisé est dédié à la campagne contre les profiteurs de guerre. Cette campagne, qui est un des trois principaux points du « programme de nonviolence » actuel, s'est développée tout au long de l'année écoulée. Elle met en place des outils pour les actions et met en réseau les sections de l'IRG impliquées dans des initiatives pour soutenir et coordonner ladite campagne. L'IRG s'oppose aux profiteurs de guerre dans l'esprit de notre déclaration fondatrice pour obtenir « la suppression de toutes les causes de guerre ». Nous pensons que les profiteurs de guerre ne se contentent pas de tirer des profits de la guerre mais qu'ils en sont une des causes. Je vous invite à vous plonger dans la lecture des articles pour découvrir les actions du réseau de l'IRG face aux différents profiteurs de guerre et pour examiner en détail l'éventail formé par les profiteurs de guerre. Nous nous sommes aussi penchés sur l'expérience américaine de la recherche relative à ces profiteurs de guerre. Je vous invite à étudier comment s'en inspirer pour adapter cet exemple à votre région. Ce numéro présente enfin les développement actuels de la campagne et ces objectifs. Ce Fusil Brisé marque aussi le lancement de notre encyclopédie interactive, notre Wiki, par laquelle nous espérons améliorer la coopération entre les militants de l'IRG et qui sera un outil commun sur la nonviolence et l'antimilitarisme. J'espère que ce Fusil Brisé vous aura plu et qu'il sera une source d'inspiration pour l'implication de votre groupe et la votre dans le cadre de cette campagne pour arrêter les profiteurs de guerre.
Javier Gárate
Salarié de l'IRG
Il y a bien des moyens de profiter de la guerre. Certains disent même que la paix en profite ! Les profiteurs de guerre dont il est question ici sont les entreprises ayant une stratégie pour se faire de la thune sur les conflits armés.
Les fournisseurs conventionnels des armées Ceux-ci se divisent en trois principales catégories : les marchands d'armes, les fournisseurs d'équipements divers et les fournisseurs de services aux armées. N'oublions pas les marchands d'armes. La guerre n'est pas seulement le moyen d'écouler leurs marchandises, mais aussi celui de bénéficier d'une publicité pour leurs produits. Les principales compagnies sont de nos jours Lockheed Martin, Boeing, Northrup Grumman, Raytheon et General Dynamics pour l'Amérique, BAE Systems, Thalès et EADS pour l'Europe. D'autres fournisseurs de l'armée font leur beurre plus particulièrement à l'occasion de conflits ou d'un conflit spécifique. On peut penser que l'armée israélienne serait un moins bon client de Caterpillar, une société de bulldozer en tous genres, si le conflit israélo-palestinien n'incluait pas démolitions d'habitations et constructions de murs de séparations. La logistique et les services aux armées forment des facteurs clés pour toute mission militaire. De nos jours, ce marché est principalement contrôlé par des sociétés multinationales répondant à des appels d'offre des armées. Quand PWC Logistics remporte des contrats avec l'armée américaine pour le transport de charges lourdes (jusqu'à 1,5 milliards de dollars sur cinq ans) pour la restauration (jusqu'à 14 milliards sur quatre ans), c'est en rapport avec le conflit en Irak et en Afghanistan. Le bénéfice net de la compagnie est passé 32 à 336 millions de dollars entre 2002 et 2004. Si Sodexho (restauration et services généraux) n'est pas profiteur de guerre en fournissant la nourriture et compagnie à 55 bases de marines, elle le devient assurément avec son soutien logistique à l'armée française et à la KFOR (Kosovo), à l'OTAN (Kaboul) ou à l'US DLA (Corée du Sud). Pareil pour le 379 corps expéditionnaire au Qatar. 'Dans les douze derniers mois, le marché a progressé fortement en raison de la situation internationale [la guerre en Irak],' indique Andrew Leach, Directeur du segment Défense de Sodexho. Les conflits qui perdurent affectent les soldats, qui n'ont pas été préparés à partir pour aussi longtemps : Sodexho a donc mis en place, avec les Marines, l'Académie pour que les civils s'adaptent à la vie militaire et suivent les ordres tant que dure leur mission.
Le secteur privé fournit aussi des services, qui sont traditionnellement des activités centrales de l'armée, particulièrement en matière de sécurité : systèmes technologiques spécifiques, systèmes et services de renseignements, personnels de sécurité. Ces derniers cachent souvent la version moderne des mercenaires. Les systèmes de sécurité technologique intégrée sont parfois fournis par les producteurs d'armement (Thalès, Lockheed Martin Integrated Systems, Northrop Grumman Information Technology...), ou par des sociétés de systèmes informatiques (Analytical Services Inc., Computer Sciences Corporation ou Electronic Data Systems Corporation). D'autres entreprises se spécialisent dans le renseignement et leur technologie de l'information est fournie avec leurs spécialistes de l'espionnage, de la sécurité ou de l'antiterrorisme. La plupart sont issus des services spéciaux ou des unités de commando d'États. Le commandement de la sécurité et du renseignement de l'armée américaine a par exemple signé un contrat se montant à 155 millions de dollars avec CACI International Inc., sur l'apport de solutions techniques, afin de récolter des renseignements et de perturber les systèmes de renseignements et de communications de l'ennemi. Corporate Watch a découvert que cela incluait l'apport de spécialistes de « l'interrogatoire » pour la prison d'Abou Graib. Même la sécurité de Paul Bremmer en Irak n'était pas assurée par l'armée américaine mais par du personnel de Blackwater Security. C'est aussi une société privée, la Vinnel Corporation qui entraîne la Garde Nationale Saoudienne? La plupart des entreprises fournissant les armées en formateurs et en personnel de sécurité offrent aussi leurs services à des sociétés travaillant dans des régions en conflit. PSC Defense Systems Ltd. (Armor Group) protège les intérêts de BP Amoco en Colombie. Cette protection inclut le choix et l'entretien d'armements pour le pays d'accueil. D'après le Moscow Defense Brief de janvier 2005, BP finance ainsi des armes pour l'armée colombienne. En Angola, Air Scan, qui est en lien avec PSC Defense Systems Ltd, a un contrat avec la Texaco pour protéger les dépôts de pétrole contre les insurgés dans l'enclave de Cabinda. Outre la sécurité et autres services qui y sont liés, certaines de ces entreprises proposent une option déminage comprenant la neutralisation des mines et munitions laissée sur le champ de bataille. On peut imaginer que cette option n'est pas choisie dans l'intérêt de la population locale mais pour des intérêts économiques.
Une fois les infrastructures détruites par les bombes, la reconstruction est confiée à des entreprises. À ce jeu, Halliburton et sa filiale Kellog, Brown and Root ont gagné la médaille d'or en Irak. La reconstruction inclut les camps de détention où l'armée américaine retient ses prisonniers. Bechtel (Bâtiments et Travaux Publics) n'est pas non plus perdant avec un premier contrat de 680 millions suivi d'une manne de 1,8 milliard de dollars, à partager avec Parson and Horne Engineering.
Halliburton a aussi touché 900 millions du gouvernement américain pour des contrats s'appliquant à d'autres régions comme l'Afghanistan ou les Balkans. En Afghanistan, Alcatel est devenu un des principaux fournisseurs de télécommunication. Lafarge a racheté toutes les cimenteries tenant encore debout en Serbie... Parce qu'il y a urgence à reconstruire, ces contrats sont souvent surpayés, d'où une forte volonté des entreprises à récupérer leur part de marché.
La course aux armements impliquée par la guerre et les tensions reste une aubaine pour les marchands de canons. Les banques le savent bien, qui sont prêtes à en profiter. Le seul problème demeure l'incertitude : la bourse y étant allergique. Un expert financier français disait en mars 2003 : 'Lors des préparatifs de guerre, comme c'est le cas actuellement, les indices sont en baisse, alors qu'on s'attend à ce qu'ils repartent à la hausse dès que les premières bombes tomberont sur l'ennemi.'En février 2002, la célèbre institution financière américaine Merrill Lynch a publié une note à l'intention de ces clients, signifiant qu'une campagne militaire en 2002 ou 2003 contre le régime de Saddam Hussein serait profitable aux producteurs d'armes. Cette note cherchait à prévoir les différents scenarii possibles, selon lesquels variaient les manières d'en profiter. Alliant Techsystems partait gagnant en tout état de cause, Raytheon était favori en cas de conflit aérien, tandis que General Dynamics feraient une belle croissance en cas d'attaque terrestre. Si l'Irak abattaient suffisamment d'avions alliés, Boeing et Lockheed devaient en profiter, sauf si des attaques similaires à celles du 11 septembre venait freiner la croissance du marché militaire par une chute du marché de l'aviation civile' Ah, cette incertitude devient réellement insoutenable ! Toujours est-il que la guerre étant profitable, la tentation grandit, mais difficile de la faire coïncider avec un autre marché devenu à la mode et donc intéressant : l'investissement éthique. Les professionnels du bénéfice à tout va ne peuvent manquer l'opportunité du double profit en investissant dans entreprises d'armement, tout en proposant des produits financiers dits éthiques. AXA pensait que ça ne poserait pas de problème avant qu'une campagne belge ait mis en avant cette contradiction lors de l'assemblée générale des actionnaires (cf. 'Mon argent balaie mes scrupules ").
Il suffit de se rappeler le comportement de Fox News en 2003, pour comprendre comment des médias peuvent profiter de la guerre au point de l'encourager au besoin.Al-Jazira est aussi devenu célèbre. Elle a gagné en audience avec les guerres en Afghanistan et Irak.Dans chaque pays, la plupart des publications aux ressources commerciales, que ce soit la TV, la radio ou la presse, ont profité des guerres. Bien sûr.Certains conflits moins lucratifs restent inconnus ou deviennent oubliés du public, surtout en absence de tragédie pouvant passer en direct à la TV. Le conflit Tchétchène avec la Russie est redevenu médiatisé lors des prises d'otages (audiences de théâtre ou élèves d'écoles) avec les spots de pub entre chaque flash spécial.
Tikiri
Lors de ses voeux d'adieux en janvier 1961, le président américain Dwight D Eisenhower a dit :
Au sein des gouvernements, nous devons nous prémunir de l'influence illégitime du complexe militaro-industriel, que celle-ci soit recherchée ou non. La possibilité d'un transfert désastreux du pouvoir existe et demeurera.
Nous ne devons jamais laisser le poids de cette conjoncture mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devons rien tenir pour acquis. Seuls des citoyens vigilants et informés peuvent obliger l'énorme machine de défense militaro-industrielle à se conformer à nos objectifs et méthodes pacifiques pour que la sécurité et la liberté puissent prospérer de concert.
Certains voient ce discours comme une relique historique à dépoussiérer occasionnellement, si ce n'est pour d'autres raisons, pour rappeler le temps ou les présidents américains parlaient avec des phrases complètes sans paraître empruntés. Mais le complexe militaro-industriel continue de prospérer et de mettre en danger les libertés et le processus démocratique.
Comment être des citoyens vigilants et informés (comme le dit Eisenhower) sans (comme il le suggère) chercher à obliger l'énorme machine de défense militaro-industrielle à se conformer mais pour débuter le démantèlement d'une militarisation offensive et criminelle ?
La recherche et l'analyse sont nécessaires. Internet constitue une mine d'informations ; ce peut être aussi une course d'orientation piégée. Il faut traiter l'information des sites inconnus avec la même vigilance que les mails débutant par 'Dear Sir, we have an investment opportunity for you'?
Voici quelques sites pour commencer les recherches :
Chaque année, le ministère de la Défense américain publie des informations relatives à ses fournisseurs. Cette liste qui apporte des détails sur les 100 plus importants fournisseurs du Pentagone se doit d'être la première étape des recherches.
Elle vous permet de savoir avec certitude quelles entreprises empochent les plus gros contrats, la croissance ou la baisse en valeur de ceux-ci par rapport à l'année précédente, et une vue détaillée de la nature des contrats qu'empochent une société et ses filiales. http://web1.whs.osd.mil/peidhome/procstat/p01/fy2004/top100.htm
Le rapport Dollar Shift: The Iraq War and the Changing Face of Pentagon Contracting du centre de ressource sur le commerce des armes est presque exclusivement issu de la liste des 100 plus grands fournisseurs du Pentagone. Le dossier sur le sujet a été publié en février 2005 et est disponible sur notre site Internet : http://www.worldpolicy.org/projects/arms/reports/Top102005Report.html
Le ministère de la défense expédie les contrats évalués à 5 millions de dollars ou plus chaque soir à 17 heures (heure de Washington) et les archive sur son site : http://www.defenselink.mil/contracts/
Sur http://www.defenselink.mil/search/, il est possible de rechercher les contrats par sociétés ou par type d'armement.
Les entreprises sont fières de ce qu'elles font et tablent sur l'absence d'attention des militants ou sur leur manque d'estomac pour aller au-delà du discours technocratique et gratter le cœur du sujet. À partir du site des entreprises, n'importe qui peut souscrire aux communiqués de presse réguliers afin de les recevoir directement dans sa boîte électronique.
La plupart des librairies publiques ou universitaires ont Lexus Nexus, ProQuest, ou toute autre base de données permettant la recherche d'articles parus dans la presse sur les entreprises. Des sites tels Google News ont un "clipping service", une fonction qui permet de recevoir dans sa boîte les articles comprenant les mots-clés choisis. Il suffit de visiter Google News Alerts http://www.google.com/alerts?hl=en pour recevoir les informations concernant son profiteur de guerre préféré. À partir d'infos et de rapports d'activités réguliers, un chercheur intrépide peut tomber sur les déboires d'une société en particulier. Un syndicat peut y avoir entamé une grève où une enquête peut être en cours pour vente de technologies prohibées à l'Iran ou la Chine. Peut-être qu'un des programmes phares, largement subventionné, a encore failli aux tests, ou s'est crashé suite à un disfonctionnement, ou alors une attaque particulièrement macabre pour les civils en Irak résulte du tir d'une de ces « armes de précision millimétrique à visée laser » partant en vrille. Vous pouvez apprendre que le nouveau PDG mis en place pour « faire le ménage et restaurer l'intégrité » a du démissionner pour cause d'adultère avec une subordonnée, ou que le nouveau membre du conseil d'administration vient juste de quitter une place au Sénat ou à la Maison Blanche. Toutes ces informations aident à compléter le croquis qu'on peut se faire de l'entreprise.
et les difficultés majeures qu'elle peut rencontrer cernées, il est temps d'affiner le dessin avec le facteur argent : qui reçoit ? Qui donne ? Qui demande quoi ? En vous promenant sur le site Open Secrets du Centre de vigilance politique, vous pouvez rechercher les contributions de votre profiteur de guerre préféré aux campagnes des élus (et bien plus). http://www.opensecrets.org/
contient de nombreux outils pour vous aider à argumenter sur les budgets d'utilité publique, que déshabillent les dépenses militaires : http://www.nationalpriorities.org/
Le complexe militaro-industriel est partout et malgré tout insaisissable. Des sociétés telle General Electric n'apportent pas des bonnes choses et la bombe, en fabriquant des ampoules et des têtes nucléaires en même temps. Mettre en place le boycott des consommateurs, comme le firent des militants il y a trente ans n'est plus aussi efficace ni même possible. De nouvelles stratégies deviennent nécessaires.
Certaines campagnes assez pointues stigmatisent des entreprises faisant des affaires dans des endroits comme le Soudan et Israël. Appliquer ces tactiques du « sortons-les de l'ombre et couvrons les de honte », à ces sociétés qui produisent des armes de destructions massives et qui ôtent aux populations de précieuses ressources reste un boulevard utile à explorer. D'autres outils incluent les inspections par le public pour augmenter le coût politique des profiteurs de guerre, les campagnes d'actionnaires pour plaider et éduquer les Assemblée Générale, les campagnes pour mettre à nu la culture d'entreprise des marchands de mort : des arguments légaux au long cours mais une fantastique scène politique.
Au cours de l'année écoulée, l'Internationale des résistant-e-s à la guerre a développé un nouveau «Programme de Nonviolence». Le but général de ce programme est de renforcer et d'approfondir notre compréhension de la nonviolence, des stratégies nonviolentes et des modes d'actions nonviolents, afin de développer et de mettre à disposition des outils et du soutien aux groupes utilisant la nonviolence (cf. Le Fusil Brisé n° 55). Un aspect de ce travail est le développement des ressources pour la campagne de l'IRG contre les profiteurs de guerre.
Lors du Forum social de Mumbai, en janvier 2004, Arundhati Roy a appelé le mouvement « à être la résistance à l'occupation de l'Irak » et à se concentrer sur deux entreprises majeures profitant de l'occupation. L'IRG répond à l'appel d'Arundhati Roy, pour qu'on ait conscience que les profiteurs de guerre sont une cause de la guerre.
L'exigence antimilitariste de l'IRG n'est pas juste de « retirer le profit de la guerre », mais de dénoncer les profiteurs de guerre car « la guerre est un crime contre l'humanité ». La capacité de ces entreprises à intégrer les processus de décisions politiques est tellement immense, que dire « ils font la guerre pour le profit », plutôt que « ils profitent de la guerre » pourrait être plus juste. On peut ainsi en déduire que les bénéfices effectués sur la guerre en sont une des causes.
Le processus de développement de la campagne a débuté en 2004, lors de notre conseil à Ohrid (Macédoine), où nous avons réfléchi à des stratégies et des objectifs à envisager. À la réunion du Conseil en 2005, à Séoul, nous avons discuté sur comment répondre à l'appel de Arundhati Roy, quant à se concentrer sur deux conglomérats principaux, et sur le soutien à apporter aux campagnes locales et régionales. En 2004, l'IRG a animé deux forums publics relatifs à cette campagne : « la privatisation du militaire/les profiteurs de guerre » lors du séminaire d'Ohrid, et « campagne nonviolente contre les profiteurs de guerre » lors du forum social européen.
Ce furent des ateliers d'information d'une part, et une opportunité pour solliciter des idées d'autre part. La campagne de l'IRG conte les profiteurs de guerre combinera une campagne internationale centrée sur deux multinationales et une mise à disposition d'outils pour des campagnes locales. L'apport du « Programme de Nonviolence » se situe au niveau de la coordination, laquelle inclut un partage des stratégies mais la campagne en tant que telle sera la somme des campagnes locales, et non une campagne unique en provenance d'un bureau central. La campagne a besoin de s'appuyer sur le réseau de l'IRG, mais nous voulons aussi l'étendre au-delà et travailler avec des groupes extérieurs : ceux issus des mouvements dits "altermondialistes" ou ceux qui s'opposent aux transferts d'armement.
Une part du travail de coordination consiste dans la proposition de slogans et d'un logo pouvant être adoptés par les campagnes locales. Dans cet optique, deux slogans nous sont venus à l'idée. Un slogan général « Arrêtons les profiteurs de guerre ! La guerre est un crime contre l'humanité. » qui sera utilisé avec le logo de la campagne. Un second slogan « Ils profitent à mort de la guerre ! » qui pourra être utilisé pour exposer les entreprises en pointant le doigt sur elles ; par exemple « Sodexho profite à mort de la guerre ! ». Il pourra être mis sur des banderoles, tracts, autocollants, etc.
Ne serait-ce que déterminer quelles entreprises nous allons choisir parmi les profiteurs de guerre est un « challenge ».
Nous n'avons les moyens de nous concentrer que sur deux multinationales au niveau international. Il y a tant de profiteurs de guerre différents - producteurs d'armement, mercenaires, entreprises de reconstruction, banques, etc. Beaucoup des profiteurs de guerre impliqués en Irak sont des compagnies américaines, et le danger d'un ressentiment anti-américain existe à ne s'opposer qu'à des compagnies américaines. D'un autre côté, les conglomérats américains dominent la scène et nous devons le mettre en avant. Il est important de comprendre que le problème reste universel et nous devons nous intéresser aussi à l'implication des entreprises européennes. C'est une campagne contre tous les profiteurs de guerre, pas seulement ceux impliqués en Irak. Les groupes décideront localement contre quels profiteurs de guerre faire campagne. Certains décideront peut-être de se pencher sur les multinationales choisies par la campagne internationales, alors que d'autres se tourneront vers des entreprises basées localement ou les affectant plus particulièrement.
L'organisation au niveau local peut parfois se révéler difficile en raison des emplois qui sont pourvus par ces entreprises.
Il est important que cette campagne ne soit pas une simple duplication des réseaux contre les transferts d'armements, mais qu'elle renforce le travail contre le profit effectué sur la guerre.
Un défi vital pour le développement de la campagne contre les profiteurs de guerre est d'identifier des objectifs pouvant être atteints. Notre but est-il réellement de fermer une entreprise qui profite de la guerre ? Si nous arrivions à le faire, est-ce qu'elle ne serait pas vite remplacée ? Si nous arrivions à sérieusement toucher une entreprise, ne serait-ce pas un message fort envoyé aux autres, en particulier les autres cibles de la campagne ? En recherchant les objectifs à atteindre, nous devons bâtir des stratégies pour prévenir leurs conséquences.
Quelles sont les opportunités et situations dont nous disposons pour la campagne ? La force de l'IRG est de soulever des questions d'ordre moral comme point de départ des actions. Le profit effectué sur la guerre est une problématique d'ordre moral. Le constat fondateur de l'IRG - la guerre est un crime contre l'humanité - a plus que jamais besoin d'être mis en avant. Alors que les statistiques quant aux morts en Irak explosent, et que les "raisons" invoquées pour cette guerre sont prouvés être des mensonges, la question : « À qui profite la guerre ? » doit être posée. La reconstruction après un conflit demeure nécessaire pour légitimer l'intervention militaire. Les profiteurs de guerre sont des entreprises qui détruisent, « protègent » et reconstruisent. Et les profiteurs de guerre promeuvent les conflits pour leur intérêt. Les entreprises faisant leur beurre sur la guerre ne veulent pas être vues sous ce jour. Être exposée est une des vulnérabilité de ces entreprises. Elles cherchent à cacher au public qu'elles profitent à mort de la guerre. La publicité sur ces profits les rendent plus vulnérables.
Joanne Sheehan prèsidente de l´IRG
Javier Garate Permanente L'IRG
Traduction Tikiri
L'Internationale des Résistant-e-s à la Guerre lance un nouveau Wiki sur son site internet. N'hésitez pas à vous rendre sur http://wri-irg.org/wiki pour créer votre propre compte Wiki.
Les utilisateurs expérimentés comme les débutants sont bienvenus à bord. Merci de vous assurez d'être connectés avec votre identité : cela est nécessaire pour écrire ou éditer un message. Vous pouvez cependant visiter le site sans avoir à vous identifier.
Un Wiki est un outil coopératif en ligne -vous avez peut-être entendu parler de Wikipédia, l'encyclopédie en ligne. Sur un Wiki, chacun peut éditer ou ajouter un texte permettant ainsi aux militants de l'IRG de créer ensemble un outil utile via internet. Pour l'instant, le personnel de l'IRG a peuplé le Wiki de quelques articles sur les profiteurs de guerre. Mais il n'y a pas de limites. Vous pouvez y ajouter ce que vous voulez dès lors que c'est en rapport avec l'IRG.
Bien que le Wiki de l'IRG ait débuté principalement en anglais, les textes dans d'autres langues sont les bienvenus.
L'Internationale des Résistant-e-s à la Guerre espère que le Wiki permettra une coopération accrue entre les militants de l'IRG et la création d'un outil commun sur la nonviolence et l'antimilitarisme. Mais pour cela, cela dépend entièrement de NOUS TOUS.
Rendez-vous sur http://wri-irg.org/wiki
Nouveau livre de Devi Prasad à paraître le 21 octobre 2005
"L'Internationale des Résistants à la Guerre, née suite aux horreurs et à la stupidité de la première guerre mondiale, a maintenu levé l'étendard de l'objection de conscience et de l'abolition de la guerre tout au long du siècle le plus atroce de l'histoire européenne. Les résistant-e-s à la guerre, qu'ils soient organisés ou non, apporteront la fin de la guerre" -- Dr Johan Galtung, Professeur de recherche sur la paix
Devi Prasad a étudié à Shantiniketan, Université de Tagore ; il a travaillé comme enseignant et artiste à Sevagram, l'ashram de Gandhi, de 1940 à 1962. Il fut secrétaire général de l'IRG de 1962 à 1972. Editeur : Internationale des Résistant-e-s à la Guerre ISBN 0-903517-20-5. Textes en anglais, 560 pages, 67 photos. Date de publication le 21 octobre 2005. Précommande (jusqu'au 20 octobre) : 32 € port compris. Prix public 47 € port compris. Pour commander : http://wri-irg.org/shop/shop-uk.htm.
Conférence de l'Internationale des Résistant-e-s à la Guerre : Mondialiser la nonviolence Schloss Eringerfeld, Paderborn, Allemagne.
Du 23 au 27 juillet 2006 La conférence « Mondialiser la Nonviolence » de l'Internationale des Résistant-e-s à la Guerre sera l'occasion rêvée de rencontrer des militants du monde entier, d'apprendre ce qui les pousse à agir et de voir comment on peut s'aider pour qu'advienne cet autre monde possible. Partout dans le monde, un mouvement des mouvements converge. Cette mouvance cherche à opposer les perspectives et les valeurs du pouvoir des populations face à celles des institutions financières mondiales, des multinationales ou des gouvernements. C'est un mouvement de mondialisation par la base. L'IRG pense que la nonviolence a un rôle important à jouer dans cette mondialisation par la base. D'où le thème de notre prochaine conférence internationale : Mondialiser la Nonviolence.Pour plus d'info : www.mondialiserlanonviolence.org
Journée des prisonniers et prisonnières pour la paix Chaque année, à l'occasion de la journée internationale des prisonniers et des prisonnières pour la paix, l'Internationale des Résistants à la Guerre publie une liste de personnes emprisonnées pour objection de conscience ou suite à des actions nonviolentes en faveur de la paix.Nous nous pencherons cette année plus particulièrement sur l'Erythrée, un pays détruit par la guerre et un régime autoritaire, où la seule option pour les objecteurs de conscience, hommes et femmes, est de fuir le pays.Vous pouvez demander le kit de campagne (disponible début novembre) en anglais, espagnol, français et allemand. Plus d'info sur la situation en Erythrée (en anglais) : http://wri-irg-org/news/2005/eritrea-en.htm