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L'Intifada : de violences en violences

Marwan Darweish

Le 28 septembre 2001, les palestiniens ont commémoré le premier anniversaire de la seconde Intifada avec de nouveaux tués et blessés qui se sont ajoutés aux centaines de mort et milliers de blessés déjà touchés depuis le début de cette année. La caractéristique de cette Intifada contrastant avec les précédentes confrontations face à l'occupation israélienne est le nombre de victimes civiles extrêmement important tant d'un bord que de l'autre. Ceci fut la conséquence d'un usage excessif de la violence pendant cette première année d'Intifada. Il fut argumenté que l'usage des armes par les palestiniens et l'utilisation de balles réelles par les forces armées israéliennes, à l'origine de nombreux morts et blessés, ont terrorisé beaucoup de gens les décourageant de rejoindre les manifestations populaires.

Au bout de 4 mois, le soulèvement a pris un tournant l'éloignant des manifestations populaires et des luttes armées sporadiques pour se tourner vers des tactiques de petites guérillas incluant des attaques suicides. Il doit être clair pour tous qu'il n'y a pas équilibre entre l'occupant et l'occupé ; il s'agit d'une relation oppresseur/opprimé. La violence de la puissante armée d'occupation israélienne utilisant balles réelles, tanks, hélicoptères d'attaques et finalement des avions de combats F-16 démontre quelle est la puissance militaire. La militarisation de l'Intifada par les palestiniens fut clairement inefficace face à Israël ; une erreur de calcul stratégique aux effets néfastes à la vue des moyens militaires et des ripostes d'Israël.

La militarisation du soulèvement populaire à permis au forces de sécurité de l'Autorité Nationale Palestinienne de prouver leur importance, d'autant plus qu'elles n'avaient pas été payées depuis plusieurs mois faute de fonds. En janvier 2001, et ce pour la première fois, la sécurité palestinienne a exécuté deux palestiniens pour collaboration avec les services secrets israéliens. Ceci a aussi servi à mettre en valeur leur rôle crucial dans le maintien de l'ordre.

Le pouvoir grandissant des forces de sécurité dans la société palestinienne au détriment des mouvements civils et politiques leur a laissé le champ libre pour abuser de ce pouvoir. En excluant ainsi la participation de nombreux pans de la société palestinienne au soulèvement, le processus démocratique s'en est vu diminué. Cette exclusion des organisations de la société civile a eu un impact sur la participation des femmes et généralement de la société laïque déplaçant le pouvoir vers les groupes religieux. En fait l'autorité palestinienne a mis une pression énorme sur les ONG en resserrant son contrôle au travers nouvelles règles et lois. Depuis les accords d'Oslo en 1993, les parties politiques ont été marginalisés, laissant à l'Autorité Nationale Palestinienne le pouvoir de prendre décision sur tous les aspects de la vie palestinienne.

L'utilisation de la confrontation militaire face à l'armée israélienne représente un échec dont il faut tirer les leçons du passé, le plus récent étant l'Intifada de 1987. L'action non-violente durant cette première Intifada a démuni Israël de sa puissance militaire sur les civils palestiniens et a causé de sérieux dommages à l'image internationale d'Israël. La participation de la base et la formation de comités populaire fut à l'origine d'une participation au pouvoir de la population toute entière. Le système de soutien mutuel établi qui niveau local pour faire face au blocus imposé par l'armée s'est montré inestimable et fut une grande inspiration pour la population vivant l'Intifada au jour le jour de par la confiance et la sécurité qu'ils instauraient.

A contrario, la corruption au cein de l'Autorité Nationale Palestinienne et la défiance du public face au pouvoir palestinien a créé une atmosphère d'apathie et un sentiment de désespoir. L'Autorité Nationale Palestinienne n'a pas réussi à convaincre le public de sa transparence et de sa légitimité. Quoi qu'il en soit, Israël a collaboré à cette enchaînement et a su garder l'oeil fermé sur la coopération économique douteuse entre les officiels de l'Autorité Nationales Palestinienne et les précédentes personnalités militaires israéliennes.

Internationaux en Palestine furent une des quelques organisations à appeler à l'action non-violente contre l'occupation israélienne. Au cours de l'année dernière, ils ont mis en en place des actions très réussies bien que de faible envergure. Dans de nombreux cas, des Palestiniens et Israéliens réunis en Camp pour la Paix ont organisé des sit-in et d'autres actions de protestation. Mon expérience personnelle dans ces actions me fait dire qu'elles ont un pouvoir non négligeable et qu'elles laissent l'armée totalement désemparée. Leur tentatives d'utiliser à l'encontre des manifestants bombes sonores, gaz lacrymogène et violences physique furent chaotiques et pathétiques. Il y a, selon moi, un grand potentiel pour l'utilisation de pratiques non-violentes et pour le développement de stratégies d'actions non-violente.

La réaction de l'Autorité Nationale Palestinienne aux évènements du 11 Septembre fut de s'en détacher et de le condamner publiquement. Pourtant, les Palestiniens de la rue comme dans de nombreux pays musulmans ont exprimé leur sentiments anti-américains et il y eut quelques manifestants qui ont été tués par les forces de sécurité dans la bande de Gaza. D'autres voix dans le monde ont appelé à la reconnaissance des griefs palestiniens et leur droit à l'autodétermination et la mise en place d'un état palestinien. Mais, comme ce fut le cas suite à la guerre du Golfe, les Palestiniens et le reste des pays arabes sont suspicieux quant aux motifs américains et au soutien qu'ils entendent apporter à la Palestine dans le futur et ce, tant qu'ils ne voient pas les USA prendre des mesures réelles à l'encontre d'Israël.

Il existe sans aucun doute une solution militaire au conflit Israélo-palestiniens de même que la seule manière d'avancer est au travers des négociations. Cependant, ce dialogue doit reconnaître les besoins de liberté et de justice pour les Palestiniens et la nécessité de vivre en sécurité pour les Israéliens.

Marwan Darweish a travaillé pour l'éducation à la paix et pour le dialogue intercommunautaire depuis de nombreuses années.